L’illusion démocratique des primaires

Posté par Tehonovahine le 12 février 2011

ps411.jpg J‘ai lu sur http://www.paysbasqueinfo.com, cet article (écrit par Vincent Berger) concernant les primaires auxquelles je risque de ne pouvoir participer, vivant en Polynésie, encartée PS dans le Gers, où ma voix peut-elle être recueillie? M. Christian Paul en visite à Tahiti pour renouveler son contrat avec le Tavini (indépendantistes) s’est-il inquiété des militants socialistes? Non, il est venu à la pêche aux voix……quant aux primaires si cela se passe comme à Reims????

Chaque semaine « la » Martine aiguise ses crocs de velours à l’encontre de ses rivaux socialistes avec une obstination métronomique. La compétition dans les vestiaires fait rage. Peau de banane et savonnette ternissent la belle image que la « Mère Emptoire » s’oblige à nous imposer : « c’est formidable quand on arrive où on arrive maintenant ! ». (25/01/2011)

Bien sûr, il faut être habile pour décoder la marche triomphale de celle qui tente de nous faire croire qu’elle ne se bat que pour le parti et rien que le parti. Car ne l’oublions pas, Martine Aubry a pris les rênes de l’appareil socialiste de manière très contestable, au détriment de la candidate déchue de la précédente présidentielle. 

Le scrutin de novembre 2008, qui a permis à Martine de prendre en main la destinée du PS, était chaotique et si peu démocratique. De là à faire un parallèle avec la Côte d’Ivoire de l’ami socialiste Gambo ce serait intellectuellement malhonnête…bien que…

Martine a su depuis le 26 novembre 2008, discréditer sa rivale qui, ne l’oublions pas, la devançait au premier tour des élections au poste de Premier Secrétaire. Il est toujours bon de se rafraîchir la mémoire : lors de cette confrontation électorale interne au PS, Ségolène Royal totalisait 42,5% des bulletins de votes exprimés, Martine Aubry 34,7%, et  Benoît Hamon les 22,8% restant. Ce scrutin s’était passé dans une ambiance délétère illustrée par ce slogan brandi par les éléphants :   «TSS ? Tout Sauf Ségolène».

A l’issue du premier round,  les grandes manœuvres de cours d’écoles, très habituelles au PS, univers d’enseignants par excellence, avaient permis d’écarter Ségolène selon des pactes et alliances parfois antinomiques, dignes  d’un scénario de templiers. Au second tour, Martine Aubry était élue, à l’arrachée, comme Premier secrétaire avec 50,02% contre 49,98% pour sa rivale soit  42 voix d’écart pour un taux d’abstention,  non négligeable, de 42% . On sait depuis,  que cette élection était entachée d’irrégularités, notamment dans le Nord, fief de Martine.

En fait, cette élection nous a révélé qu’il n’y avait pas, en politique, que des combats de coqs, pathétiques et consternants. :aujourd’hui celui des mantes religieuses n’est pas plus exaltant.

L’adresse de Martine est d’agresser défensivement et systématiquement sa rivale (et ses rivaux) sur un point de vue personnel et ensuite de valoriser son action qu’elle qualifie, implicitement et convulsivement,  de collective. Le 25 janvier, elle reproche à sa rivale sa précipitation: « Elle est un petit peu impatiente là, (la ?) Ségolène » tout en précisant : « Je suis première secrétaire du PS, j’ai une seule ambition et j’y mets toute mon énergie, c’est que tout le monde soit uni et que nous ayons le meilleur projet pour que la France gagne ». (25/01/2011)

Quelques jours auparavant, à l’anniversaire de la mort de François Mitterrand, Ségolène avait exprimé sa volonté de poursuivre l’œuvre si exemplaire de son mentor en lui succédant « par amour de la France, du peuple français, de son histoire, de sa culture». A la sortie du cimetière, espace tout à fait approprié pour une confidence, Martine, fidèle à sa stratégie du : « je joue collectif pour mieux défendre ma candidature individuelle » prenait la balle au rebond et smashait : «La politique, ce n’est pas de parler de soi, de parler de la façon dont on arrive au pouvoir !» (09/01/2011)

Justement, parlons en de cette manière dont on arrive  au pouvoir ! Mitterrand serait-il le meilleur exemple ? De l’attentat de l’observatoire au congrès d’Epinay, son appétence politique n’a pas été des plus vertueuses.

Martine est très ambitieuse. Depuis novembre 2009, elle refuse d’aborder le sujet de sa candidature qui en fait l’obnubile. Elle sait habilement retenir l’attention par des métaphores subtiles titillant l’inconscient collectif : « Je sais qu’on [demande aux hommes politiques s'ils y pensent] en se rasant, moi je vous dis, cette question ça me rase ! »,

Quelques jours plus tard, elle récidive en estimant, comme d’autres, avoir des capacités pour être à la hauteur de la fonction présidentielle, tout en affirmant ne pas réfléchir pour l’instant à la possibilité d’être candidate en 2012.

Sa technique est des plus sommaires du genre «  je suis candidate mais je ne vous le dis qu’à demi mot », à l’instar de son compagnon Dominique qu’elle ménage pour mieux le dévorer tout en imposant malicieusement son rythme : « J’ai été numéro deux du gouvernement, derrière Lionel Jospin et sous son autorité, avec Dominique Strauss-Kahn qui a été un formidable ministre de l’Economie et des Finances et qui, lui aussi, est quelqu’un qui peut tout à fait diriger notre pays, je le dis très simplement ».

Martine est en train de « bouffer » Dominique tout cru. La candidature providentielle de Strauss Khan, dans un monde lyophilisé, est un secret de polichinelle qui risque de tourner à l’avantage de celle qui fait valoir obstinément  son abnégation pour le bien être de tous,  dans un monde à la recherche, également, de repères stables et légitimes. DSK est-il en train de s’atomiser tout seul ?

En pratiquant une OPA à l’africaine sur le PS, Madame Aubry savait qu’elle piloterait l’ensemble du processus ; il se pose, alors,  la question de la crédibilité de sa candidature à des primaires. Dans les faits, elle est juge et partie. (mais c’est une vieille règle stalinienne au PS, les candidats font très souvent partie des commissions de désignation – pour exemple le département 64)  Elle peut, grâce à ses connivences et compromissions obtenues pour battre Ségolène, définir des modalités et calendriers répondant à ses propres intérêts. Que ne ferais-je pour occuper un emploi de ministre ? Je suis prêt à tout, pas vrai, Benoît ?Elle confisque le parti et sa puissance pour se permettre de l’emporter et vaincre ses propres rivaux. La légitimité politique obtenue grâce à son statut de première secrétaire l’autorise à utiliser les médias expertement pour devancer ses concurrents dans les sondages, avant les primaires. Elle dispose d’un temps de représentation qui va à l’encontre du principe d’équité. Ses adversaires et néanmoins camarades sont désavantagés.  L’espérance de l’émergence d’un éléphanteau proche des réalités de 99% des français (voir article précédent) est inenvisageable.

D’ailleurs  par honnêteté corporatiste et stratégie cohérente, aucun socialiste ne devrait  s’affronter en externe pour représenter un projet que les cadres du parti ont défini  ensemble !  Comment ne pas réfléchir rationnellement et collectivement à la désignation de celle ou de celui qui a les meilleures aptitudes pour défendre ce projet et le représenter dans un monde où l’image médiatique est déterminante?  Depuis quelques années, le PS a oublié que l’union fait la force, la division celle de l’adversaire ; une nouvelle guerre sous les feux de la rampe risque d’affaiblir, au final, le candidat qui sera retenu.

Les prémices de cette lutte intestine nous autorise à penser que ces primaires sont un leurre et que le dispositif précédent était certainement plus transparent : le premier secrétaire du PS étant le candidat naturel, point barre, évitant ainsi une soi disant élection démocratique qui ne semble avoir pour objectif que celui de permettre à de vieux éléphants de barrir encore, de créer le buzz et d’asphyxier les autres forces de gauche pour imposer, ensuite une vague rose hégémonique de réseaux et de cooptation. La critique est sévère mais n’oublions pas que le PS, après les européennes était en état de choc, au bord de la crise de nerf et à la limite de l’implosion. Mélenchon n’est-il pas une météorite de cette première secousse chaotique ? Le PS, au-delà des apparences, est en sursis.

Pour crédibiliser leur tactique, les socialistes, à tort, évoquent très souvent les primaires américaines. Fort est de constater que les candidats américains ne dirigent pas quotidiennement le parti rendant l’élection plus libre, plus ouverte, plus démocratique. La logique des primaires américaines permet à chaque candidat d’exposer son programme ce qui explique une compétition interne et publique, nullement justifiée ici dans l’hexagone puisque le candidat choisi devrait en principe mettre en œuvre le projet socialiste voté par les militants.

La primaire socialiste représente un danger pour la gauche : Le projet étant déjà validé, on assistera à un casting, défilé d’egos, plutôt qu’à un débat d’idées. On bipolarise le champ politique et on l’impose médiatiquement. On définit une conception dualiste de la manière de diriger la France et l’Europe, écartant toute initiative et alternative des minorités, alors que la richesse de notre vie politique dépend des minorités sentinelles et innovantes. (Si la critique vindicative doit demeurer l’apanage des extrêmes et le pouvoir celui des modérés, l’un étant le garant de l’autre et réciproquement, écarter cette pluralité, ne pas l’intégrer au débat politique, c’est stigmatiser les extrêmes et favoriser la montée en puissance du fascisme. L’exemple à droite du FN est édifiant. 11 % des voix aux présidentielles et pas un député. L’exercice du pouvoir conduit à la modération, son exclusion à la rébellion, à la révolution. Le projet socialiste ne devrait pas exclure cette réalité.)

On concentre l’intérêt sur sa propre stratégie qui ressemble à s’y méprendre à un abus de position dominante . 

On amène les médias à parler de son action au détriment des petites organisations. On contourne les obligations concernant le droit de parole.

Les candidats de l’autre gauche n’ont aucune chance. Cette  primaire par ses modalités imposera à la gauche un candidat social démocrate comme ultime recours à la politique de Sarkosy. La politique suggérée par les socialistes ne présente pas de rupture fondamentale avec l’économie libérale et à défaut de définir un projet d’économie sociale véritable, le prochain président n’aura d’autre choix que celui d’imposer la rigueur telle que celle instaurée par les socialistes et Jacques Delors en 1985.

L’émergence d’un leader charismatique (comme Obama) n’est pas envisageable et ne permet pas à la gauche d’en finir avec son vieux démon du leadership. Nous aurons quoi qu’il arrive un fossile politique à l’Elysée et à Matignon.

Les règles de la compétition sont pipées car le pluralisme dont elle se prévaut n’est pas garanti ; les règles de la primaire sont définies unilatéralement par le PS et coordonnées de surcroît par un candidat juge et partie.

Des primaires malsaines peuvent entraîner un basculement des indécis vers le centre droit (résurgence du Modem) et les extrêmes,  et priver le PS de son rêve de conquête, en redonnant à Nicolas Sarkozy, le réservoir de voix qui lui manquent.

Les modalités de scrutin ne sont pas orthodoxes et n’apportent aucune garantie certaine d’un vote falsifié et tronqué. Quel retour légal en cas de malversations ? Pour un parti qui ne juge que par l’Etat de droit, le code électoral s’imposera-t-il ?

Méfions nous donc de cette approche dyadique de notre vie politique dont l’effet boomerang peut être dévastateur et provoquer un retour de flammes aux extrêmes. Le show biz des primaires et ses coups bas, bien orchestrés par une droite savante peut nous conduire rapidement à entonner tous en coeur un doux refrain sulfureux, (« Marine nous voilà, Devant toi, le sauveur de la France De servir et de suivre tes pas, Marine nous voilà ! ») à moins que Martine ne soit plus précieuse qu’elle n’y paraît, s’écartant des primaires pour mieux en assurer le contrôle et l’intégrité. Elle aura alors vraiment joué son rôle de capitaine permettant l’expression collective contrairement à son affirmation que je retourne dans tous les sens et que je ne comprends pas à moins d’être candidate. « D’abord on joue collectif, après on choisit le capitaine mais on n’en est pas là ».

Pourtant, Martine, supporter assidue du Losc, sait très bien que le capitaine est toujours désigné en début de partie, et la partie, loin d’être un match amical, a commencé le 25 novembre 2008, date de son élection à la tête du PS. Martine sait aussi qu’avant de désigner le capitaine, on désigne l’entraîneur et le Président. Quel est alors son rôle ? Quel est celui de Dominique ? Un ticket machiavélique désignera –t-il l’heureux gagnant à la courte paille ?

A moins que très modestement, Martine (attention à ne pas oublier le T) n’ait, par son autoritarisme, confisqué tous les rôles qui devraient, inéluctablement, la conduire à rejoindre Sarkoléon à Austerlitz ou Waterloo. Mais comme le dit si bien le commentateur, tant que la partie n’est pas finie, tout peut arriver…

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