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Mon ami Marere s’est fait mordre par un requin

Posté par Tehonovahine le 19 avril 2011

amidugrandbleu.jpg Mon cher et tendre Tehonotane a pris sa plume pour vous parler de son ami pêcheur, Marere.

Ce matin, une fois de plus, Marere a amené à la pêche, dans le lagon, deux touristes. Certains se contentent d’une gentille promenade en laissant traîner leurre – un rapala les spécialistes – cela suffit très souvent pour remonter un mérou une belle carangue. La pêche de celle-ci est assez sportive car il faut mouliner pendant un bon moment avant qu’elle ne cède. D’autres préfèrent une pêche à la palangrote, il suffit de trouver une « patate » de corail, de s’y amarrer et de jeter à l’eau plusieurs lignes munies d’un bernard-l’ermite. La récolte consiste en une variété de mérou – de 0k5 à 3k – en filets avec un beurre blanc c’est délicieux. Les plus téméraires se jettent à l’eau avec Marere.

Ce fut le cas ce matin, on me l’a raconté car exceptionnellement je n’y étais pas. Plusieurs poissons avaient déjà été harponnés – avec un fusil sous-marin – et remontés sur le bateau – lorsque je suis présent je me charge d’écailler les prises et de les vider – quand Marere se trouva face à un tonu rouge -kito en paumotu – de belle taille. Il avait auparavant aperçu plusieurs requins à pointe noire qui sont très fréquents dans le lagon et sont sans cesse à l’affût de tout ce qui se mange. Il faut avoir vu une fois nettoyer du poisson au bord du lagon et constater en quelques minutes la présence d’une demi-douzaine de ces charmantes bêtes, oh ! Pas très grands, un mètre environ mais qui peuvent s’approcher de l’homme jusqu’à le frôler.

Certains centres de plongée ou animateurs de pension de famille en avaient fait une activité lucrative, cela se nomme le shark–feeding qui consiste en un lieu bien précis à venir alimenter les requins de façon régulière. Ceux-ci, habitués à l’homme ne sont plus très farouches mais très voraces – ils peuvent se manger entre eux. Alors, si dans un moment d’inattention, traîne une main ou un pied milieu du garde-manger, la bête ne fait pas la différence et tout fait ventre. Il y a eu plusieurs accidents dans ces circonstances – sans mort d’homme, mais se retrouver avec un mollet en moins est handicapant pour la vie. Les autorités de Polynésie ont interdit ces activités mais les requins sont toujours là et ceux de Makemo circulent sans gêne aucune dans le lagon, depuis ma terrasse je vois régulièrement une pointe noire le sillonnant.

Je reviens à mon ami Marere devant son mérou rouge au moment où il le flèche, il sent sa main gauche tirée vers le haut. Peut-être est-ce utile de vous préciser l’équipement d’un pêcheur des Tuamotu : masque, tuba, palmes, jusque-là rien que des ustensiles très ordinaires. Certains s’équipent cependant de palmes de grande taille pour descendre dix à quinze mètres, parfois plus et pour remonter plus vite, un fusil sous-marin de 180 ou 200 cm avec flèche de 6 à 8 mm maintenue par un fil de nylon de 2 m, fusil qui peut être de fabrication locale, c’est-à-dire avec un fut en bois, donc plus léger et qui flotte. Le pêcheur est vêtu simplement d’un short et d’un tee-shirt, ici les combinaisons ne sont pas de mises, ni les gants d’ailleurs et cela va avoir une importance. Car, quand il décocha sa flèche, la main gauche de Marere qu’il croyait saisi par l’innocent touriste qui l’accompagnait, avait été en fait happée par un mao mauri un requin à aileron noir – vaki en Paumotu. En se retournant précipitamment, notre ami fut aussi surpris que son prédateur qui le lâcha sans le mordre.

Avez-vous déjà vu une mâchoire de requin ? C’est assez impressionnant, surtout les rangées successives de dents qui se renouvellent sans cesse, les dents ne sont jamais très grandes mais il peut y en avoir jusqu’à une centaine dans la gueule des plus grands. Là, ce n’était pas le cas, le requin était de petite taille, un mètre d’après Marere. Son mérou rouge harponné fut bien sûr dévoré par les congénères du mangeur de notre ami qui, récupérant sa flèche s’en servit comme d’une épée pour éloigner les requins attirés – affolés – par le sang qui dégoulinait de la main de notre pêcheur commençaient à le serrer de très près. Conscient de la situation, il se dirigea promptement vers la « patate » de corail qui affleure l’eau et où les poissons et donc les requins ne s’aventurent pas. Son comparse fit de même et tira sur la corde de l’ancre pour remonter sur le bateau.

Ce n’est que lorsque l’embarcation – 22 pieds, sept mètres – avec un moteur de 60 chevaux – fut en direction de la pension que Marere montra sa main aux touristes qui ainsi, auront de quoi agrémenter leur périple aux Tuamotu. À l’arrivée à la pension, un quart d’heure plus tard, Marere se préoccupa avant tout de sa pêche – écaillage, vidage – avant de consentir à ce que l’on s’occupe de sa main.

C’est à ce moment-là que nous arrivâmes et aidèrent Henri le responsable de la pension, à nettoyer les plaies et à lui faire un pansement. On remarqua très vite le teint et les yeux inhabituels chez Marere, il n’était pas bien. On décida de l’amener au dispensaire, à 25 km, afin que la science (un infirmier) lui procure les soins nécessaires.

Marie-Hélène qui elle aussi fut mordue par une murène, fit remarquer justement – ce sont ses élèves qui à l’époque lui dirent – que Marere avait été blessé par un animal noble. Le requin dans les légendes tahitiennes a très souvent le beau rôle, genre prince charmant, je me souviens d’élèves d’un quartier de Papara  qui étaient fiers d’habiter le quartierTiamao,mao étant le requin et tia voulant dire droit, voyez ce que tout cela peut représenter.

J’ai donc véhiculé Marere jusqu’au village et c’est pour cela que je peux vous narrer sa mésaventure. L’infirmier, après avoir félicité ceux et celles qui l’avaient soigné et pansé, a entrepris de recoudre ses plaies : 15 points de suture avec prise d’antibiotiques et arrêt de travail, d’une semaine, c’est ce qui a le plus désolé Marere.

En conclusion, tout le monde et notamment les pêcheurs n’avaient eu de problème avec un vaki, a-t-il voulu jouer car il n’a pas vraiment mordu la main sinon elle aurait subi de plus graves lésions. Je suis persuadé que cela n’empêchera pas Marere de retourner plonger avec son fusil mais je pense qu’il suivra plus longuement le cheminement et les évolutions des requins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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